Le whisky Tasmanien dans la cour des grands

Le whisky Tasmanien dans la cour des grands

Après 150 ans de prohibition, l’Australie se lance à la conquête de la production de whisky premium grâce au savoir-faire de ses distillateurs tasmaniens. L’île est une source prodigieuse d’eau pure de montagne, offre de vastes plaines fertiles à la culture de l’orge et semble regorger de jeunes talents prêts à la hisser au premier rang. Prisée depuis longtemps par les plus grands vignerons du continent, notamment pour son fruit destiné à l’élaboration de vins effervescents, la région se fait progressivement un nom dans le cercle croissant des producteurs de whisky. Preuve en est, une des quelques distilleries du pays, Sullivans Cove, s’est attirée à plusieurs reprises les plus grandes distinctions du monde des spiritueux.

C’est Bill Lark qui, en 1992, ouvre les portes de la première distillerie des temps modernes de l’île. Il est suivi par Sullivans Cove deux ans plus tard. Autrefois située au cœur de la capitale de l’île, dans le quartier d’où elle tient son nom, la distillerie se trouve aujourd’hui aux portes de la ville. Les visiteurs sont de plus en plus nombreux à s’aventurer en périphérie d’Hobart pour rendre visite à cette distillerie du bout du monde au succès grandissant.

Après avoir connu quelque déboires, Sullivans Cove change de main en 2004 et se voit confiée à Patrick Maguire, aujourd‘hui encore maître-distillateur. C’est alors que le succès pointe le bout de son nez. Ou plutôt enfonce-t-il les portes car les médailles pleuvent et se succèdent depuis 2007 pour en faire à ce jour le whisky le plus récompensé d’Australie. Plus rien n’arrête Sullivans Cove puisqu’en 2014, leur French oak HH0525 est élu Meilleur Single Malt Whisky au monde par le World Whiskies Awards. Sullivans Cove et l’ensemble de la production de whisky tasmanienne sont alors propulsés sur la scène internationale.

Mais alors, quelle serait la recette d’un tel succès ? L’orge, 100% « Tassie », est distillé dans l’alambic à repasse qui porte le joli nom de Myrtle. L’alcool obtenu par double distillation est ensuite réduit à 63,5 % alc/vol et placé dans des fûts américains et français ayant auparavant accueilli du Bourbon et du Porto Tawny. Le futur whisky y reposera pendant au moins 10 ans. Une fois cette période écoulée, les fûts sont dégustés avec soin et les meilleurs sélectionnés pour être vendus en tant que micro-cuvées ou « single cask » à une poignée d’exemplaires. Peut-être est-ce cela qui distingue Sullivans Cove des producteurs de grands whiskys écossais, ce choix de laisser s’exprimer chaque barrique individuellement plutôt qu’en assemblage. Ou peut-être est-ce l’essence même de la Tasmanie, qui donne aux whiskys de Sullivans Cove leur crémeux bien particulier.

Quoi qu’il en soit, l’enthousiasme est au rendez-vous puisqu’à nouveau en 2018 leur American Oak se voit décerner le prix de World’s Best Single Cask Single Malt par le World Whiskies Awards pour leur fût HH0351. Dans la foulée, Patrick Maguire est intronisé dans le « Whisky Hall of Fame », reconnaissance individuelle suprême.

Attention cependant, il faut se lever de bonne heure pour avoir le privilège de mettre à ses lèvres le précieux liquide que tout le monde s’arrache, car seul un petit nombre de bouteilles, conditionnées à la main à la chaleur de Myrtle, est commercialisé. Mais la petite distillerie qui joue dans la cour des grands est victime de son succès et doit vite s’agrandir, faute de quoi elle verrait sa production grandissante déborder de ses locaux devenus trop étroits. Heureuse nouvelle pour les amateurs !

Article rédigé par Annabelle Mispelblom Beijer

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *